Piero della Francesca occupe une position centrale dans l’art du XVème siècle européen : représentant de la seconde génération des peintres humanistes, il réalise pleinement l’accord entre l’art et la géométrie, entre l’application savamment calculée des règles de la perspective et l’expression poétique. Il est l’une des principales figures de la première Renaissance italienne. Si dans les quelques quarante chefs-d’œuvre qu’il a exécutés, Piero della Francesca excelle dans l’art des jeux d’ombre et de lumière, la quintessence de son génie repose avant tout sur une étude approfondie des lois de la perspective et des proportions, grâce à quoi son œuvre irradie d’une simplicité qui conjugue solennité et naturelle.
L’artiste se met en quête d’un système de peinture universel, susceptible d’unifier les oppositions formelles et de proposer un modèle reproductible. Sa conviction quant à la capacité des mathématiques à rationaliser la perception du monde se retrouve dans cette œuvre, l’un des exemples les plus éclatants de l’application d’un théorème dans la peinture.
Pour Piero della Francesca, cette perfection du système est à l’image de la perfection divine. Homme de la pureté, du trait définitif, le maître est en effet convaincu de la nature mathématique des créations divines.
L’art de Piero della Francesca, nourri de sa passion pour les lois mathématiques, est caractérisé par le sentiment d’harmonie solennelle qui s’en dégage. Les préoccupations scientifiques qui gouvernent son œuvre sont telles que les personnages qui peuplent sa composition — figures statiques et impassibles dotées de statures massives et aux regards souvent perdus dans le lointain — semblent eux-mêmes conçus selon les lois de la géométrie.
Pour autant, la rigueur et la pureté des formes, des compositions et des structures ne sont pas antinomiques d’une subtile expression des sentiments.
Piero della Francesca : La flagellation du Christ
vers 1450-1460
Huile sur bois, 58,4cm x 81,3cm
Ce tableau, l’un des plus célèbres de l’artiste, a été exécuté pendant son premier séjour à Urbino. La théorie proposée, la plus fréquemment, est une tentative de favoriser une réconciliation entre les deux églises chrétiennes, celle d’Orient et celle d’Occident, pour repousser l’attaque turque imminente sur Constantinople. La présence du personnage central paré à la mode grecque et une inscription sur l’encadrement du tableau « convenerunt in unum » (« Ils se mirent d’accord et s’allièrent. ») semblent soutenir cette interprétation.
Le tableau est séparé en deux par une colonne : à gauche, au fond d’une loggia, une scène représentant la flagellation du Christ et à droite, au premier plan, un groupe de trois personnages. Une construction perspective affirmée par la présence d'éléments architecturaux (colonne, chapiteaux), du dallage, d'un plafond à caissons.
Sur le socle en pierre du siège de Ponce Pilate, on peut lire la signature de Piero della Francesca : OPUS PETRI DE BORGO SANCTI SEPULCRI (soit « Œuvre de Piero de Borgo San Sepolcro »).
Les trois personnages de droite sont , le jeune comte Oddantonio da Montefeltro, entouré des deux conseillers assasinés avec lui le 22 juillet 1444, Manfredo del Pio et Tommaso dell’Agnella.Le spectateur doit avoir les yeux au niveau du centre de la peinture, car la composition n’est strictement basée que sur un unique point de fuite (perspective géométrique).
L’artiste fait aussi preuve de son intérêt pour les détails dans le plafond du temple ou dans la sculpture de bronze avec la réflexion de la lumière.Dans cette parfaite synthèse de l’art italien vers 1450, l’espace est ordonné selon une rigoureuse grille géométrique, tandis que la lumière naturelle souligne les valeurs de la perspective et les rapports entre l’intérieur et l’extérieur.
A la fin de sa vie, Piero della Francesca aura rédigé deux traités sur la peinture basés sur la perspective et les formes géométriques :
- De prospectiva pingendi (La perspective dans la peinture, 1482, publication posthume.)
- De quinque corporibus regolaribus (Des cinq corps réguliers, traité plus tardif)
Anaïs.B
