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La Grande Vague de Kanagawa

LA GRANDE VAGUE DE KANAWAGA

Katsushika HOKUSAÏ est né en 1760 à Edo, ses origines sociales sont floues : parents inconnus, mais il sera adopté par un artisan qui lui donnera très tôt le goût du dessin et de la peinture. Très influencé par ses contemporains et l’école japonaise classique, il garde un œil sur l’art occidental (notamment l’étude la perspective). Hokusai meurt, toujours à Edo, en 1849, laissant un héritage qui inspirera un large public : peintres, poètes, et les artistes occidentaux, particulièrement les impressionnistes tels que Degas, Van Gogh, Toulouse-Lautrec…

Par-delà la diversité infinie de l’œuvre de Hokusai, revient également le goût extrême du détail dont témoigne tout l’art japonais, dans le choix de ses papiers, de ses couleurs, de ses encres, de ses pinceaux, de ses thèmes, de ses coloris, dans l’extrême variété des hommages payés à telle cérémonie, à tel saint, à telle localité. 

En 1831, il réalisera une de ses œuvres majeures : Trente six vues du mont Fuji. La Grande Vague de Kanagawa en est le premier volet et probablement l’œuvre d’Hokusai la plus connue à travers le monde. Il s’agit d’une estampe (gravure sur bois colorée) de 25,9cm par 37,2cm représentant une vague géante prête à s’écraser sur des bateaux avec en arrière plan, le mont Fuji.

La grande vague au large de Kanawaga

La grande vague de Kanawaga, Planche de la série des Trente-six vues du mont Fuji.

Signé HOKUSAÏ aratame litsu hitsu, Vers 1831.

Format : Ôban (255x380mm)

New York, The Metropolitan Museum of Art.

Cette estampe est l'œuvre la plus connue de Hokusai et la première de sa fameuse série Trente-six vues du mont Fuji , dans laquelle l'utilisation du bleu de Prusse renouvelait le langage de l'estampe japonaise. La composition de La Vague, synthèse de l'estampe japonaise traditionnelle et de la perspective occidentale, lui valut un succès immédiat au Japon, puis en Europe, où elle fut une des sources d'inspiration des Impressionnistes. Hokusai, tout en conservant les codes de l'ukiyo-e (les estampes japonaises gravées sur bois), incorpore dans son oeuvre des codes typiquement occidentaux tels que l'utilisation de la perspective. Dans cette vue, Hokusai utilise avec habileté les techniques européennes pour rendre l’illusion spatiale ; il introduit les principes de la perspective occidentale. Ainsi, sa fameuse Vague apparaît en gros plan, alors que le volcan figuré minuscule à l’horizon est largement subordonné à la scène, où des pêcheurs risquent de sombrer dans une mer déchaînée. Le dynamisme de la composition permet de mettre en évidence la fragilité, voire l’insignifiance, de la vie humaine face à la puissance destructrice la nature.

Hokusai fixe ici moment éphémère, soit un phénomène naturel très bref. Cette représentation d’un instantané, d’une impression éphémère est caractéristique de l’ukiyo-e, « images d’un monde éphémère et flottant ». Cette estampe donne même une vision littérale de ce terme et en constitue une métaphore : Hokusai saisit l’instant même où la vague gigantesque, écumante, menace de déferler sur les embarcations et d’engloutir les vulnérables pêcheurs, dont l’existence éphémère est soumise au bon vouloir de la nature. Le thème central de ce tableau est, non pas la vague, mais le Mont Fuji ; en effet au Japon le décryptage se fait de droite à gauche, sens contraire de notre lecture occidentale.

Le Mont, lointain, calme, immuable, fait figure de spectateur de cette scène furtive (les hommes et la vague disparaîtront avant lui) voire de juge (contraste théâtral du ciel sombre environnant le faîte enneigé) du combat qui se déroule au premier plan. Le bleu symbolise ici la brutalité de l’océan mais aussi les forces terrestres : les marins s’arc-boutent sur leur rame pour survivre, le premier bateau est en partie sous l’eau, la vague principale risque de dévaster le second, mais tout le monde à son poste et on tient bon ! Ce combat humide, froid est contrebalancé par un ciel calme, lumineux. La violente force du bleu contraste fortement avec cette puissance apaisante du ciel. Les humains et le mont Fuji, symboles de la Terre, semblent isolés dans ce tableau très marin : le ciel et la mer se rejoignent via un nuage blanc.

Mélanie LEPLAT

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