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Marcel Duchamp et son "nu descendant un escalier n°2"

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     En 1913, Marcel Duchamp présente à l’Armory Show de New York une œuvre intitulée « Nu descendant un escalier n°2» dont la vision provoquera un tiraillement entre hilarité, scandale et admiration. L’artiste ne le sait alors pas encore, mais cette œuvre deviendra une charnière de l’art moderne, jouant alors un rôle dans la montée en puissance de celui qui finira, pour beaucoup, comme « l’artiste le plus important du XXème siècle »…

     Cette œuvre n’aura pas été présentée pour la première fois en 1913. En effet, l’œuvre, peinte en janvier 1912 est la seconde version (une première version non définitive, car pas assez dynamique et trop descriptive, fût peinte en 1911). Dès Février 1912 il envoie cette version aux « Indépendants de Paris ». Ses amis ne l’aimèrent pas et lui demandèrent d’en changer au moins le titre. Marcel Duchamp fît autrement : Il retira l’œuvre pour aller l’exposer en Octobre de la même année au Salon de la Section d’Or. Ce n’est que l’année d’après que l’œuvre sera enfin présentée à l’Armory Show.

Mais qui est cet artiste et qu’a-t-il fait pour être vu ainsi ? Comment une œuvre aussi controversée peut-elle atteindre ce rang ?

 Marcel Duchamp

tete_de_duchamp_2     Henri Robert Marcel Duchamp est un peintre, plasticien, homme de lettres français. Il est né le 28 Juillet 1887 à Blainville-Crevon et est décédé le 2 Octobre 1968, à l’âge de 81 ans, à Neuilly-sur-Seine. Fils du notaire de la commune et d’une musicienne accomplie, il est le troisième né d’une fratrie de sept enfants (dont le sculpteur Raymond Duchamp-Villon et les peintres Gaston Duchamp, alias Jacques Villon, et Suzanne Duchamp). C’est très tôt que Marcel Duchamp entre en contact avec le monde de l’art. En effet, son grand père, Émile Frédéric Nicolle, peintre et sculpteur, se chargea de l’enseigner à ses petits enfants. C’est ensuite via ses frères et sœurs qu’il continuera son apprentissage de l’art et de la peinture. Dès 1902, il peint ses premières toiles en s’inspirant des paysages de Blainville.

     On pourrait alors croire que Duchamp va suivre un parcours scolaire artistique classique du type écoles d’arts mais non. Il obtient son baccalauréat en lettres et Philosophie en 1903 avec le premier prix en dessin et la médaille d’excellence des « Amis des Arts ». Il échoue alors au concours des Beaux-arts de Paris. Son père partant en retraite, la famille emménage à Rouen, où il décroche un travail d’imprimeur grâce auquel il obtiendra un certificat de graveur professionnel. Ce certificat lui permettra d’écourter son service militaire ; Étant artiste professionnel, son séjour ne durera qu’une année au lieu de trois. Dès la fin de son service, il rejoint son frère, installé à Montmartre, pour suivre l’Académie Julian, une école de peinture et sculpture mais abandonne très vite à cause des cours théoriques. Il passe alors son temps à dessiner, peindre, assister aux cabarets humoristiques et jouer au billard  avec celui qui devint son meilleur partenaire : Juan Gris. En 1908, pour arrondir ses fins de mois, il propose à des journaux des caricatures satiriques (dix-huit dessins seront acceptés en deux ans).C’est là que, très vite, tout s’enchaine : Salon des artistes-humoristiques, salon d’Automne, salon des Indépendants (où il vendra sa première toile pour 100 francs) et exposition à la Société Normande où il rencontre Francis Picabia. Fin 1909, ses frères l’invitent à les rejoindre à Puteaux, dans une communauté d’artiste : La Section d’Or, un groupe d’artistes rattachés au Cubisme. C’est sous l’impulsion de ce groupe, du fauvisme et du style de Paul Cézanne, qu’il évoluera et qu’il finira par exposer, en 1913, une œuvre emblématique : « Nu descendant un escalier n°2 ».

roue_duchampfoutain     Suite à quelques différents, il s’écartera ensuite de la peinture. Poussé par son passé philosophique, il travaille sur un nouveau concept qui verra le jour vers 1913 : Les ready-made. Ce concept a pour but d’introduire dans les musées des objets de la vie de tous les jours. D’après Duchamp, ces objets, sorti de leur contexte peuvent très bien être perçus comme des œuvres d’art à part entière. Il proposera notamment, en 1917, l’œuvre polémique « Fountain », qui n’est autre qu’un urinoir retourné et signé « R.Mutt », le pseudonyme qu’il a choisi pour passer inaperçu. Ces ready-made le rendront connu dans le monde entier.

Par la suite, il influencera le mouvement Dadaiste et l’art cinétique (via sa « Roue de bicyclette » et sa grande passion pour le cinéma).

L’œuvre

     En 1913, Marcel Duchamp expose sont œuvre « Nu descendant un escalier n°2 » à l’Armory Show, à New York. Pourquoi cette œuvre subit-elle une controverse pour ensuite signer la gloire du peintre? Pour le savoir, analysons-la.

1ère approche


oeuvre     Tout d’abord, le titre annonce la vision d’un corps nu exécutant un geste journalier : une descente d’escalier. Or, à la vision de l’œuvre, rien n’est évident, ne saute aux yeux. Les formes stylisent un corps dépourvu d’une quelconque anatomie, qu’elle soit féminine ou masculine. Il ya donc une rupture avec les codes de nu classique. La descente se caractérise par des lignes du haut gauche vers le bas droit de la toile. Il n’y a aucune profondeur, aucun aménagement d’espace permettant de situer la scène où le personnage ; le ton est donné, cette œuvre est presque plus conceptuelle que visuelle.

     L’artiste explique que le nu anatomique a laissé place au nu artistique. Il ne voulait pas représenter un nu classique et traditionnel, très codifié et répondant à de nombreux critères. L’utilisation de ce nu artistique permet de mieux visualiser l’évolution dans l’espace du corps en mouvement. Cette représentation du nu et du mouvement renvoi aux codes de représentation cubiste : Formes, géométries et surtout la représentation simultanée d’une même figure dans l’espace. Il n’ya aucune perspective, tout est plat. Néanmoins, une certaine distance est prise avec le cubisme traditionnel puisque cette œuvre offre un certain dynamisme quand bien même le cubisme fige les objets. Cet intérêt pour le mouvement renvoi au futurisme. Certaines personnes caractérisent alors cette œuvre de cubo-futuriste. Néanmoins, Duchamp affirme que, bien que plus proche du futurisme que du cubisme, cette œuvre est clairement cubiste.

Le mouvement est très directement inspiré des chronophotographies de Marey, Eakins ou encore Muybridge.

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Analyse plus profonde

     L’œuvre a été peinte à l’huile sur une toile marine verticale de 146cm x 89cm. La palette chromatique est relativement restreinte. En effet, le jaune est l’ocre dominent. Certains aplats sont marrons/rouges, d’autres tendent vers le vert-de-gris. La périphérie est traitée dans des teintes marrons sombres, retravaillées par du vert, du bistre et du sépia. La gamme de couleur est presque monochromatique et évoque le bois, le carton.

     L’escalier semble immense et anormal. En haut à droite, il semble lointain, les marches semblent disjointes. En dessous, les marches ont l’air plus volumineuses. Sur la gauche, en bas, on peut voir trois petites marches de trois/ quart accolées à trois autres bien plus grande. Ces dernières sont celle sur lesquelles repose le nu. Tout en bas, on peux lire le titre de l’œuvre. En bas à droite, on peut apercevoir la rampe et la boule de celle-ci. Néanmoins, la rampe semble continuer après cette boule. Cela est anormal car cette boule signe la fin de la rampe. De surcroit, cette rampe semble sortir de la toile, continuer au-delà de celle-ci. L’escalier serait-il infini ?

     Au milieu de tout cela, une dizaine de traits successifs forment quatre ou cinq entités. Certaines lignes sont droites (des traits) et peuvent se croiser pour former des triangles ou des losanges. D’autres lignes, courbées, forment des formes arrondies et répétitives, comme la tête. Autour de ces formes, des touches verdâtres viennent s’installer. Ces dernières semblent définir des points lumineux, comme si l’escalier était éclairé à quelques endroits par une source lumineuse de type éclairage artificiel au gaz de ville. Il y a quelques signes de mouvements qui viennent animer toute cette immobilité. Quelques points noir couplé à un trait rappellent les habits portés lors de l’expérience de Marey. D’autres, courbés, sont en pointillés blancs et montrent un mouvement, une rotation possible, comme dans les croquis préparatoires mécaniques. Enfin, des traits transversaux, dans le sens perpendiculaire aux membres, expriment le mouvement, comme le flou sur une photographie d’un corps en mouvement ou les traits de déplacement dans la bande dessinée. Tous ces traits lient les personnages et donnent ce sentiment de mobilité, de descente. Sans eux, la progression du personnage ne serait pas visible ; ils sont donc  primordiaux !

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(Cliquez pour agrandir l'image)

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     Il est désormais plus facile de percevoir le nu, le mouvement, l’univers. Néanmoins, ce nu, est-il vraiment un nu ? Pourquoi est-il mécanisé ? Pourquoi est-il représenté dans des tons bois ? Certaines hypothèses tendent à dire que ce nu n’en est pas un réellement, mais qu’il aurait été simplifié, rabaissé au rang de mannequin …


     Pour conclure, si cette œuvre a fait controverse, c’est parce qu’elle crée une cassure avec les nu classique. En effet, celui-ci est un genre à part entière voué à la beauté seul du modèle et non à la réflexion. Le  rejet de cette œuvre est donc compréhensible, aura rendu cette œuvre très célèbre et donné sa popularité à l’artiste qui sera dès lors vu comme un modèle du genre.

Cette technique, longtemps oubliée suite à la montée de la vidéo connait aujourd’hui un second souffle grâce à la « photo séquence », notamment pour les sports extrême …


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Sources :

http://www.dailymotion.com/video/x3ay1_marcel-duchamp_creation?start=1869

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nu_descendant_un_escalier

http://arsalive.blogspot.fr/2012/02/centenaire-du-nu-descendant-un-escalier.html

http://imediaweb.blogspot.fr/2010/09/analyse-type-dune-oeuvre-dart.html


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